Pourquoi abolir les prisons et la police ?

La police comme les prisons sont des institutions qui ont été mises en place pour maintenir un ordre social capitaliste et raciste. Que ce soit à la suite des commission d’enquête sur la SQ après la crise d’Oka (Gauthier, 2006) ou celle survenu après la grève étudiante de 2012 (Québec (Province) et al., 2014), on trouve toujours les recommandations de restructurer les organisations ou de réévaluer l’utilisation de tel ou tel type d’arme. Pendant que la liste des victimes des services de police et des prisons s’allonge au Québec comme ailleurs, on agite encore l’idée des enquêtes et des réformes. Pire, certain-e-s demandent plus de formation ou des gadgets technologiques comme des caméras, qui n’auraient pour seul effet que d’augmenter le budget des services de police. Si la crise américaine actuelle nous a appris quelque chose, c’est que les caméras ne servent à rien : La mort d’Ahmaud Arbery a été filmée, mais c’est seulement quand la population s’est soulevée contre les policiers, les procureurs et les juges qui ont essayé de balayer la cause sous le tapis que les meurtriers ont été arrêtés. La mort de George Floyd a été filmée, mais c’est seulement après trois jours de manifestations que des accusations ont été portées, d’abord sur un seul des policiers impliqués. L’impunité totale des services de police et l’injustice massive du système carcéral ne se régleront pas par une enième réforme de plus. Cette impunité se doit d’être répondue par l’abolition de ces institutions.

La police et la prison, qu’est-ce qu’elles empêchent au fond

On peut simplement caractériser les crimes en trois catégories. Les crimes contre la propriété, les crimes contre la personne et les crimes sans victimes, comme le font déjà les codes de loi. Pour chacune de ces catégories, il est facile de montrer que les effets de la police et de la prison sont nuisibles.

Premièrement, les crimes sans victimes, comme le travail du sexe ou le trafic ou la possession de drogue, sont des motifs d’arrestation fréquents, mais comme leur nom l’indique, ne causent pas de dommage direct aux personnes. Plusieurs pays dans le monde ont réussi à réduire considérablement la consommation de drogue en fournissant des services d’aide aux personnes qui considèrent avoir des problèmes de dépendance. Cette approche prône la réduction des méfaits, une approche qui vise à réduire les dommages physiques causés par la dépendance, en fournissant par exemple des espaces sécuritaires pour l’utilisation de drogue et la décriminalisation de la consommation de drogue. En tentant d’interdire la consommation de drogue ou l’achat de services sexuels, les autorités facilitent la mise en place de réseaux criminels et mettent en danger la sécurité des travailleur-euse-s et des consommateur-e-s. Celleux-ci s’exposent en plus à la menace constante de la criminalisation, menace qui est particulièrement inefficace pour réduire la dépendance. En effet, le facteur le plus important pour le traitement des dépendances est la volonté de la personne touchée. Si une personne est contrainte à subir des traitements contre son gré, les chances sont bien minces qu’un effet positif ressorte de celui-ci.

Deuxièmement, les crimes contre les biens surviennent en majeure partie parce que les plus pauvres n’ont pas d’autres choix, face au coupures récurrentes de l’aide sociale, du chômage et des services sociaux, et la mise en valeur de modes de vie inatteignable pour la plupart. La critique a déjà été faite mille fois et revient de façon récurrente depuis la création des premières prisons : les personnes pauvres devant utiliser la criminalité pour survivre se retrouvent isolé-e-s ensembles dans les prisons et peuvent alors développer leurs habiletés criminelles. Investir dans plus de prisons et de policièr-e-s ne résout pas le problème de la redistribution de la richesse, et coûte même beaucoup plus cher que la mise en place de mécanismes sociaux de redistribution. S’il faut maintenir les injustices à coups de bâton, on ne corrigera pas le problème en changeant la taille du bâton.

Finalement, les crimes contre les personnes sont les plus rares. Malgré tout, la violence dans la société est principalement dirigée vers les personnes déjà marginalisées : personnes racisées, femmes ou personnes non-binaire, personnes pauvres ou en situation d’itinérance, travailleur-euse-s du sexe, personne en situation de handicap et personnes homosexuelles. Différentes études montrent que ces personnes sont plus fréquemment victime de la violence policière, et qu’en conséquence elles rapportent moins les crimes à leur égard. Pour ne prendre qu’un exemple, une étude réalisée chez les personnes ayant des handicaps physiques ou mentaux montre que les personnes en situation de handicap rapportent 50% moins souvent les crimes à leur égard (Regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec (RAPLIQ), 2011). De plus, la police et la prison interviennent dans les cas de violence, mais seulement à posteriori, alors qu’il n’y a plus rien qui peut être fait. Sans compter que la prison n’empêche pas la récidive. Bref, la police et les prisons ne protègent pas les plus vulnérables et même si des interventions étaient faites par la police, elles puniraient l’action sans s’en prendre à leur racine : le sexisme, le racisme, l’homophobie ou le capitalisme. Au contraire, la police s’en prend plus souvent aux personnes racisées, négligent les plaintes faites par des femmes et s’attaquent généralement aux populations pauvres.

Bref, pour aucune catégorie de crime la police et les prisons ne semblent une avenue utile ou productive. Et malgré que les taux de crime descendent depuis près de vingt ans au Canada, alors que les budgets des services de police augmentent continuellement. Alors que les taux de résolution de crime ne dépasse rarement la barre des 40% (Service de Police de la Ville de Montréal, 2015), les autorités continuent d’encourager les investissements massifs dans les outils de répression(Ministère de la Sécurité publique, s.d.). Et finalement, alors que plus de crimes sont rapportés par personne en milieu rural, la majorité des forces policières sont toujours situées dans les villes. Ainsi, si le but réel de la police et des prisons étaient de réduire le crime, il y aurait longtemps que les gouvernements néolibéraux les auraient abolies, parce qu’elles ne sont que d’une utilité marginale à cet effet. Au contraire, la police semble beaucoup plus au service de l’ordre social capitaliste, pour empêcher les pauvres de développer des stratégies non-capitalistes de survivance et pour empêcher la réorganisation de la production dans une perspective égalitaire. Cette situation est illustrée par le contexte historique de l’apparition de la police et de la prison.

Petite histoire de la police et de la prison

Au « Canada », la police s’est développée en raison du soulèvement des métis dans l’ouest canadien. Aux États-Unis, la forme la plus proche de la police actuelle s’est développée dans le sud, comme un groupe de surveillance pour le contrôle des esclaves (Williams, 2007). Dans ces deux cas, la police s’est institutionnalisée plus fortement avec l’apparition de populations pauvres amenées par le développement capitaliste, tout en conservant son biais raciste d’origine, qui se manifeste entre autres par la collaboration avec des groupes d’extrême-droite (il suffit d’aller dans une contre-manifestation en réponse à des manifestations d’extrême-droite pour le voir), des assassinats ciblant une majorité de personnes racisées (comme a Montréal), et par le profilage racial. Ces caractéristiques sont constantes dans l’histoire de la police.

La même histoire se produit dans l’histoire des prisons. Les premières prisons sont mises en place pour empêcher le vagabondage, pour fixer les populations pauvres dans des espaces fixes, en contraignant les personnes arrêtées dans des poorhouses ou des workhouses dès la fin du 18ème siècle. C’est par la suite que les prisons ont été mises en place sur un modèle similaire, dans la période de forte industrialisation qui nécessitait une mise au travail massive. Ce modèle s’est exprimé sous la forme du travail forcé, que ce soit l’esclavage légal du travail dans les prisons ou le wage slavery du travail dans les usines. Bref, la forme actuelle des prisons est celle d’une institution qui force au travail les populations marginalisées. Ce n’est donc pas surprenant, même en prenant en compte le racisme de la police, que les populations autochtones et racisées soient surreprésentées jusqu’à ce jour dans les prisons : c’est un outil qui a été toujours utilisé pour contraindre les populations pauvres au travail.

Et si on réduisait les budgets...

… le caractère raciste et capitaliste de ces institutions perdurerait, et dès que la vague de contestation cessera, des réinvestissements massifs seront effectués. En effet, la culture du silence présente dans les services de police et fortement documentée fait des policier-e-s actuel-le-s des complices directs de la violence effectuée par leurs collègues (A. Cab, 2020). Cette culture de violence ne peut être endiguée qu’en mettant en place des services permettant aux personnes marginalisées de répondre à leurs besoins sans être forcé-e-s de recourir à des stratégies illégales. Il serait aussi possible de s’inspirer des groupes qui s’occupent de la gestion des délits établis par différents groupes révolutionnaire, que l’on pense au Black Panther aux États-Unis ou à l’ANC en Afrique du Sud lors de l’apartheid (Williams, 2007, l’après-propos). Il le faudra bien, parce que soit on développe des mécanismes communautaires, soit on risque de se faire tuer par des policièr-e-s chaque fois qu’il-le-s débarquent.

Bibliographie

Langues

Abécédaire anticapitaliste

Après CISM pendant plus d'un an, le comité agitprop de la CLAC sévit maintenant sur les ondes de CKUT à l'Émission Off The Hour un vendredi par mois. La chronique est basée sur la formule d'un abécédaire: une lettre, un mot, une tirade. Ça ne se passe pas dans l'ordre alphabétique, mais selon l'actualité. D comme dénoncer, C comme crosse ou crosseurs. Bonne écoute!



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